En bref
Pour préparer une interview, on réunit ce que la personne a déjà dit, on lit ce que montrent les documents et on relève les écarts entre les deux. Ces écarts donnent les questions et les relances. Des agents d’IA peuvent rassembler les déclarations, lire de longs dossiers et proposer des questions, à condition que chaque citation renvoie à sa source. La personne doit savoir qu’elle est enregistrée avant le début de l’entretien.
Ce guide présente une méthode de préparation d’interview en six étapes. Il s’adresse aux journalistes, aux chercheurs et aux auteurs. Chaque étape fonctionne avec ou sans IA, et le guide indique ce que des agents d’IA peuvent prendre en charge à chacune.
Fixer l’objectif de l’entretien
Commencez par une phrase qui dit ce que vous attendez de cette personne. Ce peut être un fait qu’elle seule connaît, sa réaction à un document, l’explication d’une décision ou une confirmation citable sous son nom. L’objectif fixe la durée de l’entretien, l’ordre des questions et les documents à emporter.
Un guide de l’Institut international de la presse, repris par le GIJN, conseille de déterminer ce que l’on attend de chaque entretien. Un portrait demande parfois plusieurs longues rencontres. Une confirmation tient parfois en une question précise.
Dressez ensuite deux listes. La première réunit ce que vous savez déjà. La seconde réunit ce que seule cette personne peut vous apprendre, et elle forme la base de vos questions.
Réunir ce que la personne a déjà dit
Rassemblez les déclarations publiques de la personne : interviews, discours, communiqués, rapports annuels, auditions, procès-verbaux de réunions, messages sur les réseaux sociaux. Pour chaque déclaration, notez la date, le support, les mots exacts et le lien. Classez-les par date. Un changement de position entre deux dates fournit souvent la première question.
Poynter cite une journaliste qui cherche à en savoir presque autant que ses interlocuteurs experts avant de les rencontrer. L’article donne aussi l’exemple d’une première question qui montrait la connaissance du sujet. La personne interrogée a alors répondu longuement.
Un agent d’IA ou un outil de recherche rassemble ces déclarations en quelques minutes. Demandez-lui le lien et le passage exact de chaque citation, puis ouvrez chaque lien vous-même. Ne gardez que les déclarations dont vous avez ouvert la source.
Lire les documents et relever les contradictions
Lisez ensuite les documents qui concernent la personne : rapports, registres, procès-verbaux, décisions de justice, comptes, courriers et courriels transmis par des sources. Pour chaque fait, notez le document, la page et la date.
Comparez ensuite les déclarations aux documents. Un tableau en trois colonnes suffit : - ce que la personne a dit, avec la date et la source ; - ce que montrent les documents, avec la page ; - l’écart entre les deux.
Prenons une enquête sur une usine. En 2021, l’ancien responsable sécurité de l’unité 3 a déclaré en assemblée annuelle que l’unité respectait toutes les normes. Le rapport d’inspection de mars mentionne un second avertissement du régulateur. L’écart entre les deux donne une question.
Relevez aussi les sujets que la personne évite. Ils apparaissent comme des thèmes absents de ses déclarations, des questions refusées lors d’entretiens précédents ou des réponses qui changent de sujet.
Des agents d’IA lisent des centaines de pages et relèvent chaque passage qui cite la personne. Demandez le numéro de page de chaque passage, pour le vérifier dans l’original.
Écrire les questions et les relances
Écrivez chaque question en une phrase et posez une question à la fois. Poynter relève qu’une double question laisse la personne choisir la moitié la plus facile. Les questions ouvertes, qui commencent par « comment », « que » ou « pourquoi », appellent des explications. Les questions fermées obligent la personne à se prononcer sur un fait précis.
Formulez les questions principales avec les faits tirés des documents. Le GIJN rapporte le cas d’une journaliste qui a demandé à une agence fédérale américaine un chiffre que cette agence était chargée de suivre. Le responsable a reconnu qu’il ne le connaissait pas. Le GIJN conseille de reprendre un tel aveu dans une relance, pour qu’il soit clairement enregistré.
Pour chaque question principale, préparez les relances : - si la personne dément, le passage du document que vous montrerez ; - si la personne répond à une autre question, la même question formulée autrement ; - si la personne avance un chiffre, une demande de source ; - si la personne met en cause quelqu’un d’autre, une question sur qui savait et depuis quand.
Le guide de l’Institut international de la presse conseille de commencer par les questions les moins sensibles et de garder les plus difficiles pour la suite. Il suggère aussi d’attribuer une critique à son auteur, par exemple « Vos opposants affirment ceci. Que leur répondez-vous ? » Si vous risquez de n’obtenir qu’une seule question, choisissez-la à l’avance.
Préparez une question de fin. Au terme de l’entretien, demandez à la personne si elle veut ajouter quelque chose, à qui d’autre vous devriez parler et si vous pouvez la rappeler pour vérifier un détail.
Préparer les vérifications pendant l’entretien
Listez les faits que la personne avancera probablement : chiffres, dates, noms de documents et de décisions. Pour chacun, repérez la page qui le confirme ou le contredit, et gardez ces pages sous la main. Quand la personne cite un document que vous n’avez pas, demandez-en une copie.
Tenez une liste à part des affirmations à vérifier après l’entretien. Un chiffre cité de mémoire, une date ou un nom se vérifient avant publication.
Certaines personnes demandent les questions par écrit. Des journalistes d’investigation cités par le GIJN expliquent que les réponses écrites ne conviennent pas aux questions de responsabilité, car les relances dépendent des réponses. Dites-le au moment de la demande d’entretien. Annoncez aussi l’objet réel de l’entretien. Le même article du GIJN déconseille de présenter un entretien comme un portrait pour aborder ensuite des accusations.
Enregistrement et consentement
Enregistrez l’entretien, pour vérifier chaque citation sur les mots exacts de la personne. Prévenez-la avant de commencer.
En France, l’article 226-1 du Code pénal punit le fait d’enregistrer, sans le consentement de leur auteur, des paroles prononcées à titre privé ou confidentiel. La peine est d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Elle passe à deux ans et 60 000 euros dans plusieurs cas, notamment quand la personne enregistrée détient un mandat électif ou se porte candidate à un tel mandat. Le consentement est présumé quand l’enregistrement a lieu au vu et au su de la personne, qui pouvait s’y opposer et ne l’a pas fait.
La pratique la plus simple consiste à annoncer l’enregistrement au début et à faire figurer l’accord de la personne au début du fichier. Les règles varient d’un pays à l’autre. Vérifiez la loi du lieu où se tient l’entretien.
Fixez aussi les conditions avant la première question : propos citables sous le nom de la personne, propos « off » ou informations de contexte sans attribution. Poynter rappelle qu’une personne ne peut pas placer une déclaration en « off » après l’avoir faite.
Les limites des assistants d’IA généralistes
Les assistants d’IA généralistes aident à préparer un entretien, et leurs réponses demandent une vérification. En octobre 2025, l’Union européenne de radio-télévision (UER) et la BBC ont publié une étude menée par 22 médias de service public dans 18 pays. Des journalistes ont évalué plus de 3 000 réponses de quatre assistants d’IA à des questions d’actualité. 45 % des réponses comportaient au moins un problème important.
Les citations présentent un risque particulier. Sur 1 053 réponses qui contenaient une citation directe, 12 % présentaient un problème important d’exactitude de la citation. L’étude relève des citations modifiées et d’autres qui semblent inventées. Certaines réponses citaient des sources qui ne soutenaient pas l’affirmation à laquelle elles étaient rattachées.
Les informations périmées figurent parmi les problèmes les plus fréquents. Pour une interview, une fonction, une position ou un chiffre peut ne plus être à jour. Une citation trouvée seulement dans un résumé d’IA reste une piste à vérifier. Retrouvez-la dans la source d’origine, avec sa date et son contexte, avant de la soumettre à la personne. L’article du glossaire sur l’hallucination de l’IA explique l’origine de ces erreurs.
Préparer une interview avec Verbatim
Verbatim vous donne une équipe d’agents IA, du premier indice au texte final. Pour une interview, les agents préparent le rendez-vous, le suivent en direct et le transcrivent.
Avant chaque rendez-vous, l’agent de préparation réunit ce que la personne a déjà dit, ce que montrent les documents et les questions qu’elle cherchera à éviter. Il fait ce travail pour chaque rendez-vous de votre agenda. Chaque citation garde sa date et sa source, et chaque fait renvoie au passage exact dont il vient. Les agents de Verbatim lisent jusqu’à 40 000 pages de documents et répondent avec la page exacte. La préparation se trouve dans votre projet, avec les questions prêtes, et vous les modifiez à tout moment. Quand l’agent de veille trouve un fait nouveau sur la personne, la préparation l’intègre.
L’agent des personnes trouve qui connaît le sujet et comment le joindre. Il rédige la demande d’entretien, cite le document qui la motive et contacte la source après votre relecture.
Le jour du rendez-vous, Verbatim transcrit chaque mot et vérifie chaque phrase en direct, au moment où elle est prononcée. Il compare chaque réponse à vos documents, à vos sources, au web et à tout ce que la personne a déclaré avant. Quand une réponse contredit les documents, le passage qui le prouve s’affiche pendant que la personne parle encore.
La transcription sépare les voix et horodate chaque passage. Chaque citation est copiée mot pour mot depuis l’enregistrement. Une citation trouvée seulement dans un résumé d’IA n’est jamais comptée comme vérifiée. Les enregistrements sont hébergés et traités en Europe, et ils ne servent jamais à entraîner une IA tierce.
Questions fréquentes
Comment un journaliste prépare-t-il une interview ?
Il fixe l’objectif de l’entretien, réunit ce que la personne a déjà dit et lit les documents qui la concernent. Il relève les écarts entre les déclarations et les documents, puis écrit ses questions et ses relances à partir de ces écarts. Il prépare aussi les vérifications à faire pendant l’entretien et fixe les conditions d’enregistrement et de citation.
L’IA peut-elle écrire les questions d’une interview ?
Oui. Un outil d’IA peut proposer des questions à partir des déclarations et des documents. Chaque question doit reposer sur un fait sourcé. Vérifiez chaque citation et chaque chiffre du brouillon dans sa source d’origine avant de vous en servir.
Peut-on enregistrer une interview sans prévenir la personne ?
En France, enregistrer sans son consentement les paroles d’une personne prononcées à titre privé ou confidentiel est un délit prévu par l’article 226-1 du Code pénal. Le consentement est présumé quand l’enregistrement a lieu au vu et au su de la personne, qui pouvait s’y opposer. Annoncez l’enregistrement au début de l’entretien.
Combien de questions préparer pour une interview ?
Préparez plus de questions que vous n’aurez le temps d’en poser, et classez-les par ordre d’importance. Repérez la question à poser en priorité si l’entretien est écourté. Écrivez les relances de chaque question principale.
Faut-il envoyer ses questions avant l’interview ?
Indiquez le sujet et l’objet de l’entretien. Le guide de l’Institut international de la presse repris par le GIJN déconseille d’envoyer la liste complète des questions, qui produit des réponses récitées. Les réponses écrites suppriment aussi les relances.
Sources
- Poynter, « How journalists can become better interviewers », Chip Scanlan, 2013 (en anglais)
- GIJN, « The Art of the Interview », extrait d’un guide de l’Institut international de la presse, 2014 (en anglais)
- GIJN, « How to Land and Nail the Accountability Interview », 2022 (en anglais)
- Légifrance, Code pénal, article 226-1
- UER et BBC, rapport « News Integrity in AI Assistants », octobre 2025 (en anglais)